Son histoire

1. de la Révolution au premier théâtre municipal
Deux ans après la Révolution française, en 1791, l’État organise la vente des biens nationaux : des particuliers peuvent alors racheter les biens de l’État. C’est à cette occasion que le citoyen Bucheron acquiert l’Eglise des Cordeliers à Tours (la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’a lieu qu’en 1905, les églises étaient donc encore propriété de l’Etat).

En 1794, il transforme l’église en une salle de spectacle de 800 places. La première représentation a lieu en 1796 (l’inauguration a lieu le 30 décembre). Le Théâtre accueille, dès ses débuts, tout autant des représentations de pièces de théâtre (Molière, Marivaux…) que d’opéra (Mozart, Rossini…).

Pour la première fois, en 1827, le Conseil Municipal ouvre un concours pour la création d’une salle à l’angle de la rue Nationale et de la rue des Minimes : ce projet échouera, faute de moyens. Quatre autres projets échoueront également.

Dès lors, à partir de 1827, quand bien même cette grande salle existe, le Conseil Municipal s’interroge sur la création d’un Théâtre municipal, sans doute pour se soustraire à l’obligation de louer et subventionner la salle de M. Bucheron. Par ailleurs, ce Théâtre privé ne correspond plus aux conditions ni aux exigences des spectacles modernes.

En 1837, après quarante ans d’existence, le propriétaire de la salle Bucheron ferme le Théâtre pour faire des travaux de restauration. Cette salle n’étant pas une salle municipale, M. Bucheron ne bénéficie pas de subventions de la Ville et n’effectue, pour cette raison, qu’une restauration partielle (les banquettes n’avaient, par exemple, pas de dossiers et la salle n’était pas encore éclairée au gaz). La salle compte alors 1000 places.

Une description nous en est donnée en 1845 par M. Bellanger dans son ouvrage La Touraine ancienne et moderne : "Elle se compose d’un parquet, d’un rang de stalles, d’un parterre assis et de baignoires à droite et à gauche. La galerie des premières règne sur tout le pourtour de l’hémicycle avec un rang de loges au dessus. On y trouve, de plus, un étage supérieur (le paradis) et des loges entre les colonnes de l’avant-scène. La façade principale, ouverte sur la rue de la Scellerie, est fournie de colonnes d’ordre ionique sur laquelle s’appuie la terrasse du foyer.

En 1860, M. Bucheron tente une première fois de vendre sa salle à la Ville, qui refuse. Finalement, le 26 novembre 1867, la Ville, après d’âpres négociations, décide d’acheter la salle de M. Bucheron, de la démolir et de construire au même endroit un nouveau Théâtre, sur les plans de l’architecte Léon Rohard, afin d’en faire un édifice moderne.La démolition de l’édifice commence en juin et juillet 1868, par la destruction complète de l’ancienne salle et des commerces alentours. Les travaux sont interrompus par la guerre, de septembre 1870 à mai 1871.

En 1876, la rue Corneille est percée et vient aboutir sur la magnifique façade du nouveau Théâtre municipal.

Le 8 août 1872, le premier Théâtre Municipal de Tours est inauguré. Sa construction est l’œuvre de l’architecte Léon Rohard. Ses collaborateurs firent preuve d’une grande inventivité, comme en témoignent la sculpture ornementale de la façade sur la rue de la Scellerie ainsi que celle de Frédéric Combarieu dans le fronton (cette statue du frontispice avait fait l’objet d’un concours) et les femmes lampadophores dans la loggia.

Ce Théâtre n’existera qu’une dizaine d’années…

2. du deuxième théâtre au théâtre actuel
Le premier incendie du Grand Théâtre de Tours survient en août 1883. Seuls les quatre murs et la partie ont résisté au brasier, ainsi que la façade. Les galeries, le lustre et la toiture se sont écroulés sur le parterre…

Un concours municipal est ouvert le 11 mars 1884 pour reconstruire un nouveau théâtre sur le même emplacement (NB : dans le jury se trouve Charles Garnier, architecte de l’Opéra de Paris). Six années seront nécessaires à la reconstruction. Celle-ci est confiée au jeune architecte chambraisien Jean Hardion. Il conçoit son théâtre comme un vrai lieu de fête. L’architecture et le décor doivent y renvoyer l’image de la richesse, de la profusion et de l’illusion qui s’y jouait.

Quant à la décoration, c’est Georges Clairin qui en a la responsabilité : il peint le mur oriental de la cage d’escalier et le plafond, et réalise aussi la « peinture d’art » du foyer et de la salle.Il prend plaisir à parodier la grande peinture historique, et ce d’autant plus qu’il décore un lieu de spectacle. La cage d’escalier, par exemple, comporte de part et d’autre d’un panneau central représentant “ Le cardinal du Bellay présentant François Rabelais à François 1er, accompagné de sa Cour ” deux petits panneaux représentant l’un, “ Le théâtre au Moyen Âge ”, l’autre, “ Les gloires de la Touraine au XIXème siècle.

La coupole de la salle du Théâtre est décorée d’une vaste représentation allégorique d’Apollon, entouré de la Danse, de la Comédie, de la Musique et de la Tragédie. Le plafond du Foyer du Public, par ailleurs, comporte une vaste toile d’un seul tenant, représentant la Gloire et la Renommée accompagnant Mercure qui brandit les armoiries de la ville.

Les travaux, commencés en février 1885, sont stoppés dès 1886, M. Hardion ayant dépassé les crédits qui lui étaient octroyés, il se voit retirer la maîtrise d’œuvre. La Ville nomme Stanislas Loison en 1886-1887 pour reprendre et achever les travaux.

Le 23 novembre 1889, le deuxième Théâtre municipal est inauguré. Les restes de l’ancien théâtre incendié de Rohard ont servi de base au nouveau bâtiment, la scène et la salle ont été remontées d’un étage.

Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate en 1914, tous les théâtres tourangeaux ferment. Le Théâtre de Tours ne réouvre qu’en août 1915.

L’entre-deux-guerres voit l’apogée du Grand Théâtre : plus de cent cinquante représentations lyriques ont lieu chaque année devant des salles presque combles.

En 1939, la guerre interrompt à nouveau l’activité du théâtre, jusqu’en octobre 1940. Les représentations reprennent, mais sont parfois interrompues pour cause d’alertes et les horaires des spectacles doivent satisfaire aux obligations du couvre-feu.

3. de nos jours
Le Grand Théâtre de Tours, après ses multiples transformations et reconstructions, rappelle aujourd’hui en bien des points l’architecture du Palais Garnier de Paris : son escalier monumental, la salle à l’italienne, les peintures des plafonds semblent être des variations en mode mineur du modèle parisien. C’est d’ailleurs un jury dans lequel figurait Charles Garnier qui avait sélectionné le projet de Jean Hardion pour le Grand Théâtre de Tours.

Aujourd'hui, placé sous la direction de Jean-Yves Ossonce (depuis mars 1999), l'Opéra de Tours présente chaque année au public tourangeau et, plus largement, de la région Centre, une saison lyrique et symphonique, ainsi que des récitals lyriques, des concerts de musique de chambre et des spectacles jeune public.

Doté d’un chœur permanent d’une quinzaine de choristes, il accueille également en son sein un orchestre symphonique, de dimension régionale depuis 2002. Cette nouvelle phalange a pour mission de dynamiser le paysage musical régional et de créer un pôle d’excellence dans son domaine. Avec le concours régulier de cette formation orchestrale, connue sous le nom d’OSRC-T, le Grand-Théâtre est le temple privilégié de la musique. De multiples concerts symphoniques et opéras y sont donnés sous la direction de chefs prestigieux. De passionnants ouvrages lyriques sont créés et l'opéra y est servi par de grandes voix.

Le Grand Théâtre de Tours, seul opéra de la Région Centre, est un lieu de création, de production et de diffusion de spectacles mais il est aussi doté, contrairement à ses débuts, d’ateliers pour la confection des costumes, pour la fabrication des décors et des accessoires. Il est devenu ce que nous appelons une "maison d'Opéra".

Entre cinquante et soixante représentations spectacles (tous genres confondus) ont lieu chaque saison. Animé par une exigence de qualité, le Grand Théâtre de Tours tient une place privilégiée et significative parmi les structures culturelles de la région Centre et poursuit son objectif de faire découvrir la musique lyrique et symphonique à un public toujours plus large.

Texte élaboré d’après
- Jacques Derouet Le théâtre lyrique à Tours. Des origines à nos jours, Tours, 1989
- Vincent Droguet et Marie-Thérèse Réau, Tours, décor et mobilier des édifices religieux et publics,
Cahiers du Patrimoine n°30, Service Régional de l’Inventaire Général – Direction Régionale des Affaires Culturelles du Centre, 1993

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